Analyse de Gollum : comment l’Anneau a détruit le hobbit Sméagol

Gollum est un hobbit, ou une créature très proche des hobbits, que l’Anneau unique a rongé pendant des siècles jusqu’à le dédoubler. Cette analyse de Gollum montre comment Sméagol, un meurtrier devenu l’ombre de lui-même, est aussi la pièce sans laquelle la quête de Frodon échoue.

Qui était Sméagol avant l’Anneau ?

Avant de devenir Gollum, Sméagol vit au bord du fleuve, au sein d’une famille de type hobbit. Il se passionne pour les racines, les berges et les profondeurs, un goût qui annonce déjà sa vie future sous terre.

Tout bascule quand son ami Déagol trouve l’Anneau. Sméagol le tue pour s’en emparer, et c’est un crime de possession qui ouvre sa chute. Chassé par les siens, il quitte la vallée et se réfugie sous les montagnes.

Comment l’Anneau transforme Sméagol en Gollum

Selon les dates de la chronologie, Sméagol trouve l’Anneau en 2463 du Troisième Âge et le perd en 2941, quand Bilbon le ramasse dans le noir. Il le garde donc près de cinq cents ans, au fond de son lac souterrain.

Grotte humide avec un reflet doré dans l'eau noire

Le mécanisme d’emprise tient en trois effets : l’isolement, l’obsession et la dégradation du corps. L’Anneau prolonge sa vie sans lui donner de vie véritable, et Sméagol finit par fuir la lumière et par perdre jusqu’à son propre nom.

À sa mort, en 3019, quand il tombe dans la lave de la Montagne du Destin, la créature a traversé plus de cinq siècles. L’Anneau n’a pas seulement usé son corps, il a effacé sa personne : Sméagol n’existe plus que par éclats, quand la voix de Gollum se tait un instant.

Ce détail compte pour l’analyse du personnage. Gollum n’est pas méchant par nature, il est le produit d’une possession qui a remplacé tous ses autres désirs par un seul, et il ne se souvient presque plus de ce qu’il était avant.

Sméagol et Gollum : ce que révèle la double voix

Dans Les Deux Tours, Gollum se parle à lui-même : deux voix se répondent, l’une câline et l’autre haineuse. Cette scène est décrite par la critique comme l’une des plus célèbres du film.

On y lit souvent un conflit entre la conscience et l’addiction. Cette lecture psychologique reste une interprétation, pas un diagnostic, et elle rejoint la méthode d’une lecture des symboles d’un film : on cherche ce que le récit met en scène plutôt que ce qu’il affirme.

Gollum, miroir de Frodon et de Bilbon

Gollum montre ce que Frodon peut devenir s’il garde l’Anneau. Plus le porteur le garde, plus il s’isole, et le récit pose en face de lui le double sombre qu’il risque d’être. Frodon et Gollum ont d’ailleurs le même objet de désir, et c’est pour cela que leur duo fonctionne.

Bilbon, lui, a épargné Gollum par pitié, et ce choix pèse sur toute l’histoire. Sam se méfie de la créature et la rabroue, ce qui brise peut-être sa dernière chance de rédemption. L’obsession comme thème de cinéma trouve ici un cas d’école, que l’on retrouve sous d’autres formes dans l’analyse des thèmes de films comme Saltburn.

Le rôle décisif de Gollum à la Montagne du Destin

Volcan en éruption sous un ciel de cendres, lave incandescente

Au bord du gouffre, Frodon ne parvient pas à détruire l’Anneau. Gollum lui mord le doigt, s’empare de l’Anneau et tombe avec lui dans le gouffre du Mont Destin, ce qui le détruit.

La critique y a vu un geste que l’un d’eux nomme l’ultime sacrifice héroïque, même s’il est involontaire. Chez Tolkien, la pitié épargnée plus tôt devient le moteur du dénouement : la grâce l’emporte là où la force échoue.

Le récit tient ainsi sur un paradoxe : sans la cruauté de Gollum et sans la pitié de Bilbon, l’Anneau survit. Le dénouement n’est la victoire ni d’un héros ni d’une arme, il naît de la rencontre de deux gestes opposés.

Du livre à l’écran : le Gollum de Peter Jackson

Dans la trilogie de Peter Jackson, Andy Serkis prête sa voix et ses gestes à Gollum grâce à la capture de mouvement. Le personnage est construit autour de son visage et de son jeu, que les animateurs combinent à de l’animation image par image. Le résultat donne à la créature une présence physique rare pour un personnage entièrement numérique.

Cette approche prolonge la double voix du livre : le film la rend visible, avec un acteur qui passe d’un registre à l’autre sans changer de plan, et le spectateur entend deux personnages là où l’image n’en montre qu’un seul.

Le film montre aussi Sméagol dans un retour en arrière du Retour du roi, joué par le même acteur. Pour revoir le personnage en action, les scènes marquantes de Gollum à l’écran rassemblent les moments les plus forts.

Gollum reste ainsi un personnage double : victime de l’Anneau et instrument de sa perte. C’est cette ambiguïté, plus que ses effets spéciaux, qui explique qu’on continue de l’analyser.

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